Delphine's profile(¯`·. Le blog d'un papil...PhotosBlogListsMore Tools Help

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    Pépé

     

     

     
    Jour de Toussaint,le temps n'est pas vraiment serein,
    je pousse cette porte avec toujours ce même sourire enfantin,
    je viens rendre visite aux plus belles âmes de mon destin,
    celles qui m'ont si gracieusement offert de fabuleux lendemains.
    La maison me parait un peu vide, l'athmosphère un peu floue,
    mémé est assise, des larmes de fatigue coulent sur ses joues.
    Toi, tu es dans un coin d'une autre pièce, allongé sur ton lit,
    un bonnet recouvre une partie de ton visage que les années ont flétri
    mais qui laisse encore entrevoir un regard que la vie a quelque peu terni
    par une souffrance qui ne te donne plus vraiment goût à la vie.
    Je m'assois près de mémé sur son lit en face du tien,
    tu es si diminué mais tu parviens à nous tendre la main,
    nous suppliant de t'offrir "ces drogues" qui calmeront ton chagrin,
    espérant atrocement ne plus agoniser dans quelques proches matins.
     
    Quelques heures plus tard, seule, je peux enfin pleurer,
    le mascara s'échappe, offrant à mon teint une perte de clarté.
    J'ai comme envie de vomir ces monumentaux instants de gaieté
    que nous avons su si bien partager durant mes plus tendres années.
    Des flashs parcourent mon esprit, retour vers des moments d'émoi,
    assise sur ce banc face à la plaine, calée entre mémé et toi:
    comment mon coeur aurait il pu attraper froid
    quand deux êtres vous donnent autant de joie?
    Des heures à dialoguer durant des jours et des soirées d'été,
    tes yeux parfois embués par des souvenirs plein d'atrocité
    que la guerre offrait pitoyablement aux deux camps opposés.
    Des heures à dialoguer durant des jours et des soirées d'été,
    me rappelant du haut de mes deux ans ces instants ornés de beauté,
    tu me racontais comment je grimpais dans ta vieille caisse cabossée,
    debout, le nez collé au pare brise, je distinguais à peine le chemin goudronné
    qui allait me mener vers ce territoire ou régnait en moi la paix et la sérénité.
     
    Pépé, tu m'as tant donné par le passé,
    toi et mémé, mes admirables piliers,
    essuyant mes larmes et souriant à ma gaieté.
    Ton refus de t'alimenter assassine mes prochaines années.
    Je hais cette main qui t'attire, celle qui préfère te voir mourir,
    mais je respecte ton désir de ne plus vouloir souffrir,
    acceptant de te laisser partir, acceptant de te laisser mourir,
    me laissant orpheline dans un si proche et si incertain avenir.
    Je suis et resterai jusqu'à la nuit des temps
    ce rayon de soleil qui illumine ton environnement
    tout en priant silencieusement que tes quatre vingt cinq ans
    ne sont pas le miroir de nos derniers si beaux printemps...