Delphine's profile(¯`·. Le blog d'un papil...PhotosBlogListsMore Tools Help

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    J'ai vu...

     

    Une nuit sans sommeil vous amène vers une destination que personne ne pourrait freiner,besoin de ce départ brutal vers ce lieu que je pourrais prénommer havre de sérénité,de fierté,de gaité,des sentiments mélés que la vie tout doucement réduit en poussières,un jour cet endroit deviendra un ramassis de mes plus beaux souvenirs qui laisseront à jamais en moi un gout de d'amertume dans mon proche avenir.Sept heures du mat,l'oeil toujours ouvert,je me lève et me prépare à partir vers ce lieu nommé désir.

    Une visite sur la dernière demeure de cet être jadis et toujours si cher à mon coeur,les fleurs fânent,les treize plaques sont toujours de marbre mais j'y devine encore son âme,j'essaie de vivre sans lui depuis presque un an et demi,comme un défi que j'aurais lancé ce fameux deux janvier à la vie.Un dernier baiser volé de ma main vient se poser sur cette petite cabane aux allures macabres et je repars rejoindre sa femme,cet être pour qui brille en moi une eternelle flamme.

    Il y a des destins qui riment avec chagrin,quand elle me raconte les aléas de sa vie,je suis abasourdie mais je l'écoute et bois ses paroles avec un tel respect et une telle envie que je resterais auprès d'elle jours et nuits afin de la soulager de ce passé et de ce présent qui la rendent si aigrie.Elle m'a narré des centaines de fois le départ brutal de son père,sur les bords d'un rivage avec son petit frère,elle l'a vu leur dire adieu car au milieu coulait une rivière qui l'a englouti lors de sa dernière prière.Il ne savait pas nager,il s'est noyé,les deux ados impuissants ont tristement vu cet homme emporté par les flots.Des dizaines d'années plus tard,la mémoire de cette femme est intacte,elle se souvient de chaque minute blessante,comme si les drames lui avaient procuré de multiples impacts.Elle n'a également rien oublié des souvenirs de son petit frère qu'elle appelait "Néné",elle est restée des heures à son chevet,la douleur au ventre à l'idée qu'elle ne le reverrait jamais,il n'avait que seize ans,elle n'était pas préparée à vivre un tel décès.Elle n'était qu'une enfant et elle avait deja perdu un frère et ses parents....

    Je pousse la porte de la véranda,elle ne m'a pas entendue mais elle est là et lorsqu'elle comprend que je suis en chair et en os devant elle,elle proclame plusieurs fois mon prénom avec au fond de la gorge une multitude de sanglots,dans son regard j'ai vu le même amour si puissant que son mari autrefois m'offrait à chaque venue,ç'est si triste et en meme temps si beau d'etre de cette façon attendue.Tout comme moi,elle n'a pas encore réussi à vivre sans lui,elle y pense jours et nuits,on lui a même installé un lit dans sa pièce de vie,l'autre étant devenu trop froid dans cette pièce si grande ou pépé dormait autrefois.Pour la première fois j'ai vu cet homme à chaque recoin de la maison,dans la véranda sur son fauteuil,dans son lit à l'agonie mais aussi sur le banc à l'exterieur là ou nous avons échangé des sentiments durant des milliers d'heures.Quelle étrange sensation de sentir un être aussi vivant et aussi présent alors qu'il nous quitté il y a plus d'un an.

    J'ai vu ce jour là dans son regard un chagrin qui la condamme à aucun autre départ,un besoin sans cesse de vivre dans le passé pour tenter de ne jamais l'oublier.Et puis soudain, elle m'a parlé de son fils,ses yeux sont devenus noirs,un terrible effroi venait de s'emparer de son visage,nos regards sont entrés en fusion,je tentais d'absorber sa peur mais il m'est impossible de ressentir avec autant d'intensité une telle frayeur.Ses joues deja ridées se sont crispées,toute sa tête s'est mise à trembler,je n'ai jamais distingué autant de douleur même chez un condamné,je venais de comprendre ce qu'une femme pouvait ressentir à l'idée de perdre sa chair et son sang tant aimés,comme un coup de poignard dont elle ne pourrait jamais se relever.

    Ma présence et l'amour que j'ai pour cet être qui n'est autre que la femme de ma vie,mon dernier pilier vivant, sont peut être les dernières cartes qui lui restent en main pour continuer de braver le destin.J'ai passé le dimanche auprès d'elle,les vieux,il ne faut pas les laisser face à eux même mais tenter de leur apporter un sourire,un soutien,un amour....des sentiments qui leur donnent encore un espoir dans ce foutu desespoir.Je suis repartie à l'approche de la nuit,je l'ai embrassée et j'ai fait ce que je fais à chaque fois et que je devrais omettre de faire:me retourner.Elle s'est alors écroulée en larmes comme son mari faisait jadis,mon départ est pour elle comme il était pour lui,l'un des plus terribles supplices.

    Mon plus grand regret est d'avoir choisi une vie dans une grande ville alors qu'elle souhaitait vivre ses dernières années auprès de sa petite fille.Ce choix laissera à jamais une ombre planer sur mon avenir,je suis triste d'avoir gaché les espoirs de son dernier "devenir".

    Ce dimanche après midi,dans les yeux d'une femme j'ai vu la douleur et la misère,ce dimanche après midi j'étais auprès de ma grand mère....